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Spirou, 75 ans et toujours rouge

Publié le par Shuten Doji

 

 

Comme tintin, il a un signe distinctif vestimentaire et capillaire. Mais le groom, lui, continue son chemin. Ses différents tuteurs ont chacun apporté leur pierre à l'édifice. L'héritage de Franquin est le plus durable. Ces derniers temps, des auteurs comme Munuera et Morvan ont oeuvré sur la série sans vraiment convaincre que ce soit au niveau du dessin ou des histoires. La collection Le Spirou de... permet à différents artistes de donner leur version de l'écureuil vif. Depuis 2010, Yoann & Vehlmann ont repris la série officielle. Ils tâtonnent mais il y a du potentiel, ils s'inspirent de l'esprit de Franquin tout en développant le leur. Déjà un 3ème opus, Dans les griffes de la vipère, sorti le 18 janvier dernier.

En trois quart de siècle, de chasseur du Moustic Hôtel, le garçon espiègle est passé à globe trotter et devient journaliste au Moustique puis dans son propre périodique. Au départ, en 1938, il est le fruit d'une commande de l'éditeur belge Jean Dupuis qui veut donner un visage au titre de sa future publication pour les jeunes, Spirou. Le français Robert Velter, dit Rob-Vel, se voit confier cette tâche, aidé de son épouse Blanche Dumoulin. Il s'occupait alors du journal de Toto, un petit groom de bâteau. Souvenir, lorsqu'il était mousse, de l'un de ces gamins dévoués au destin tragique. Sa nouvelle création est encore un de ces serviteurs mais officiant cette fois dans un palace, avec un costume vermillon. Ancien assistant, aux Etats-Unis, du dessinateur Martin Branner, connu à l'époque pour son Winnie Winkle ( Bicot en France ), on sent, avec ses gags en une planche, l'influence américaine de Velter dans les premières pages du héros. Pages, en fait exécutées par son assistant et ami, Luc Lafnet, se caricaturant en peintre bohème qui donne la vie à Spirou. Mais le format et le lieu limitent les envies d'espace du groom et cela se transforme vite en courts récits qui mèneront le gamin un peu partout dans le monde et au-delà de la stratosphère. Un petit côté S.F. et fantaisiste, que l'on retrouvera chez chaque repreneur. L'année d'après, la guerre éclate. Rob-Vel est appelé et son personnage, ainsi que Spip, écureuil libéré dans L'héritage de Bill Money, sont confiés, officiant sous le pseudo' de Davine, à sa femme et Lafnet. À la mort de celui-ci, le pilier du journal, Joseph Gillain, dit Jijé, s'en occupe. Velter, démobilisé pour blessure, reprend la série en 1941. Mais deux ans plus tard, rupture des communications entre Belgique et France, plus interdiction de publication du fameux illustré, l'obligent à céder les droits du p'tit rouquin à Dupuis. Gillain le dessine à nouveau quand l'hebdo reparaît. Rob-vel y proposera de nouvelles planches après-guerre, en vain. Le nouvel auteur continue à le faire beaucoup voyager, jusque dans le futur. En 1943, il lui adjoint Fantasio, empruntant le pseudonyme utilisé par Jean Doisy, de son vrai nom Jean-Georges Evrard, premier rédacteur en chef du journal, pour signer des chroniques décalées. Ce qui ne plut pas beaucoup à ce dernier. Au début, il est représenté en grand dadais, blond dégarni. C'est un original, un dilettante. En comparaison, le groom paraît assagi. Sous la plume de Franquin, sa taille diminuera pas mal et il se fera plus irascible jusqu'à régulièrement péter une durite contre Gaston Lagaffe dans les locaux du Journal de Spirou.

1946. Investi depuis un an dans une biographie sur le Christ, Jijé donne Spirou et Fantasio à André Franquin, un des jeunes artistes talentueux, Morris, Will, Peyo, Eddy Paape... dont il s'occupe, au studio de la rue du Fossé-aux-loups (Bruxelles) que loue Charles Dupuis. Ce débutant, qui sait donner du mouvement à son dessin, en fait le Spirou que l'on connaît. Si le fameux illustré n'était pas revenu au lendemain de la guerre, plus personne ne se souviendrait de ses premières aventures certes sympathiques mais terriblement naïves. Il le mène à la postérité en élaborant tout son univers et creusant un peu plus le caractère fantaisie S.F. On peut voir le groom affronter un robot inventé par un savant fou, le professeur Samovar, qui fait bizarrement penser à DeFunès, inconnu en 1947. Le comte de Champignac, mycologue en avance sur son temps, tire de ses champignons des liquides comme le X1 qui rend fort, le X2 qui fait vieillir en 1 heure, le X4 stimulant les capacités cérébrales ou encore le métomol qui ramollit les métaux. Près de quarante ans avant Jurassic Park, il ressuscite même les dinosaures, un, en tout cas. Côté méchants, on trouve Zantafio, véritable ordure dans l'album La mauvaise tête où il n'hésite pas à faire endosser ses crimes à son cousin Fantasio. Assisté de Jidéhem et Greg, futurs créateurs de Sophie et Achille Talon, il donne vie à Zorglub, toujours à vouloir faire éclater jusqu'à la mégalomanie son intellect à la face du monde et ce n'est pas peu de le dire. Mais contrairement à Zantafio, il finit par nous apparaître sympathique tant il se ridiculise à la fin. Ce n'est pas un si mauvais bougre. Enfin, le Marsupilami, animal ovipare avec un nombril, amphibie, est tout ce qu'il y a de plus improbable mais très utile dans les bagarres avec sa longue queue dont il se sert comme d'un poing. Lui ajouter la capacité à répéter des phrases était peut-être en trop, même pour créer une situation comique... Et on ne se lasse pas d'admirer les merveilles de design que sont les deux Turbotractions, le sous-marin de poche du Repaire de la Murène ou les Zorglumobile et Zorgléoptère.

Après 22 ans, las de ce personnage qu'on lui avait refilé, Franquin préfère se consacrer à ce qui lui ressemble, comme Gaston Lagaffe. Miné par une grave dépression en 1961 lors de l'élaboration de QRM sur Bretzelburg ( plus tard QRN ), dernière grande histoire dessinée par le maître, il laisse l'aventure en plan pendant plusieurs mois. Ce temps de latence se voit par la différence de trait au milieu du récit. Le scénario d'origine incluait le génie au Z mais Charles Dupuis, n'aimait pas l'idée, estimant le personnage trop présent depuis deux albums. Propriété d'un éditeur, cette série est devenue une source d'emmerdements pour lui. D'ailleurs, dans Bravo les Brothers, l'intervention importante de Gaston qui fout le bordel à la rédaction de Spirou avec ses singes sonne comme une envie de l'auteur d'affirmer ses priorités... Et le Fantasio dépressif évoque le mal-être du dessinateur. Quant à Panade à Champignac, avec un Zorglub au comportement de bébé, il a gardé des séquelles de L'ombre du Z, on sent une volonté de dynamiter le mythe... Ou, selon Yvan Delporte et Peyo, n'est-ce qu'une manière de redynamiser le personnage avec un Spirou en pull blanc et veste rouge, conduisant une petite Honda à la place de l'encombrante turbo 2 ? En tout cas, ce sera une base pour les dessinateurs suivants.

C'est un breton de 24 ans, Fournier, qui, malgré les mises en garde de son prédécesseur et maître, prend la relève. Il a grandi avec le personnage et l'adore; c'est la première fois que Spirou est repris par un fan. Dans les premières histoires, le trait n'est pas encore défini, on le voit évoluer. Il apprend encore à dessiner sous la houlette de Franquin et finit par se trouver un style. Dommage qu'il n'ait pas continué au moins trois albums à la place de Nic & Cauvin, qui n'ont fait que rabaisser la série. Volonté, à l'époque, de l'éditeur de simplifier le personnage dans l'optique d'un dessin animé. N'importe quoi !... Sinon, Fournier se détache un peu de l'esprit de son aîné, s'amuse avec les plaques d'immatriculation et invente ses propres personnages. L'illusionniste nippon, Itoh Kata qui aide nos héros contre le Triangle, organisation inspirée du SPECTRE de James Bond et la jolie tahitienne Ororéa sont les plus récurrents. Dommage que Fournier se croit obligé de faire un Zorglub gentil... À part ça, Il apporte poésie ainsi que conscience politique avec Kodo le tyran et écologique avec l'Ankou... On est dans les années 70 !... Mais parler d'environnement dans la presse jeunesse ne plaît guère à M. Dupuis. La confiance n'est plus là et il démissionne après neuf volumes. Son projet en cours, La maison dans la mousse, ne sera jamais achevé. En 2004, la place vacante, il proposera, à 61 ans, au directeur éditorial de Dupuis, Claude Gendrot, de reprendre Spirou. Sans succès.

Durant l'intérim de 1980-83, Nic et Cauvin livrent donc des histoires d'une profonde connerie mais l'hommage de Chaland au style des années 50 est apprécié. Et deux artistes prometteurs, Tome & Janry réinterprètent avec inspiration le petit monde du héros hirsute dans de courts récits. Ils en deviennent les chefs d'orchestre de 1984 à 1998, composant un mélange de respect et d'audace. Trop d'audace peut-être dans l'album Machine qui rêve avec un Spirou plus adulte. Les ventes baissent... Ils commencent pourtant une histoire avec Zorglub se déroulant à Cuba... L'éditeur marcinellois leur conseille de s'occuper de leur P'tit Spirou. Demeure leur grande contribution. Notamment le mafieux Vito Cortizone et une certaine sensualité en la personne de Luna, sa fille, Cyanure ou même la Seccotine de Franquin dans leur dernier opus. Fournier en avait injectée à petites doses avec Ororéa, au physique assez érotique et souhaitait qu'elle ait une relation avec Spirou. Mais rien à faire, notre héros reste de marbre. Ce que ne comprend pas Fantasio !

2013 est donc l'occasion de revenir aux sources avec la réédition des planches de Rob-Vel depuis le 18 janvier. Leur lecture souligne l'importance d'André Franquin dans l'oeuvre. Egalement disponible, le 1er volume de La véritable histoire du Journal de Spirou ( 3 tomes en tout ), 52 €.

Un Spirou méconnu par Velter sous le nom de Bozz en 1954... Et l'actuel par Yoann.Un Spirou méconnu par Velter sous le nom de Bozz en 1954... Et l'actuel par Yoann.

Un Spirou méconnu par Velter sous le nom de Bozz en 1954... Et l'actuel par Yoann.

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