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Les 40 ans de La Guerre des étoiles

Publié le par Shuten Doji


Il y a des automatismes parfois. Par exemple, 1977 : Star wars. Ca marche aussi avec Alec Guinness, même si certains vous répondrait Lawrence d'Arabie, Le pont de la rivière Kwaï ou Tueurs de dames. L'interprète fétiche de David Lean était avec Peter Cushing, en Grand Moff Tarkin, les seules vedettes du film. Alors que Mark Hamill était un quasi-inconnu ayant joué dans quelques soap-operas et Carrie Fisher, fille de Debbie Reynolds et Eddie Fisher, avait figuré dans l'oublié Shampoo ( 1975 ) avec le choucrouté Warren Beatty. Quant à Harrison Ford, les cinéphiles avaient noté ses courtes prestations dans Conversations secrètes de Coppola et American Graffiti de George Lucas.

Ce dernier a l'idée fixe de réaliser un Space Opera. Il aurait bien voulu faire Flash Gordon mais King Features demande trop d'argent ainsi que Fellini pour réaliser une hypothétique adaptation. Alors, il se souvient des sérials de son enfance qu'il ratait rarement le samedi matin à la télévision, s'inspire des comics de son enfance ainsi que de littérature S.F. et de longs métrages visionnés durant ses études à l'USC. Notamment les films de sabre, chanbara, de Kurosawa que lui fait découvrir John Milius, futur co-scénariste d'Apocalypse Now et réalisateur de Conan le barbare. La trame de son futur long métrage est calquée sur La Forteresse cachée du maître japonais.

Après une genèse laborieuse et les cours de Joseph Campbell sur la permanence des mythes, Lucas réussit à nous intéresser non pas à un mais à plusieurs personnages. Hamill incarne la candeur et la bravoure de Luke, Fisher, la détermination de Leia  et Ford, le cynisme de Yan Solo. Ils ne sont peut-être pas les meilleurs acteurs du monde mais leur enthousiasme donne envie de suivre leurs péripéties. La voix de James Earl Jones sied justement au Seigneur des Sith, Dark Vador. Celui-ci est le bras droit de L'Empereur, une sorte de ministre de l'intérieur. L'auteur n'avait pas encore imaginé son lien familial avec Luke et Leia. En tout cas, il semble mal connu de certains généraux. D'ailleurs, l'un d'eux ne se laisse pas intimider, enfin, jusqu'à ce que Vador utilise la Force

Les personnages secondaires sont eux aussi soignés. Guinness incarne à merveille toute la sagesse et le mystère d'Obi-Wan Kenobi. On comprend tout de suite par ses regards qu'il a vécu un passé mouvementé et cache certaines choses à Luke. Ressort comique, Z6PO et R2D2 sont essentiels à l'histoire, racontée de leur point de vue. Le droïde siffleur cache les plans volés de l'Étoile Noire qui permettront d'en « exploiter la faille ». La séquence de raid sur la « base sidérale » constitue le  climax du film. Rythmé, pas de temps morts, tout a un sens, une utilité. 

Manichéisme et naïveté donnent de la fraîcheur au récit. L'ami george revendique un retour aux histoires d'antan mais il en brise également les codes. Leia n'est pas une faible princesse, elle tient tête aux autorités, prend part aux affrontements et sait être caustique, « Il recrute des nains dans la marine... ». Un mordant partagé par Solo et Kenobi.

Avec le recul, on se dit à quel point les effets spéciaux traditionnels du film résistent mieux que les images de synthèse. Même la stop-motion de la fameuse partie d'échecs holographique garde son charme. Concue par Phil Tippett, élève du légendaire Ray Harryhausen qui a enchanté des générations de spectateurs et éveillé des vocations chez certains futurs cinéastes. ILM réinventait les techniques optiques. Elles sont utilisées pour rendre crédible cet univers pas comme cache misère. Elles n'étouffent pas le récit. Heureusement, le numérique n'existait pas encore et empêchait certains délires. Il ne faut pas toucher aux trucages d'époque. Même si les procédés ont évolué, cela ne veut pas dire qu'ils sont ratés. Les maquettes tiennent mieux le coup que certains effets de synthèse qui veillissent en général très mal...

Film innovant mais nourri de références familières. Cantina et tenue de Yan Solo sont inspirées du Western, genre en perte de vitesse dans les années 70. Son déclin coïncide avec celui, physique, du Duke, John Wayne. Les gens ont besoin de nouvelles mythologies. Luke fait penser à Perceval le Gallois dans sa quête initiatique. Sabres lasers, chevaliers Jedi, Princesse Leia et Seigneur Vador sont une transposition de l'univers médiéval non seulement européen mais également japonais. L'Heroic Fantasy ou merveilleux héroïque, parlons français, apparaît aussi comme une source avec le duel Obi-Wan/ Dark, évocation de Gandalf/ Saroumane, et la Force, variation de l'Anneau unique.

Toutes ces influences mêlées concourent à faire de cette œuvre un divertissement populaire de qualité qui, après 40 ans, continue de fasciner le public grâce aux différents supports de diffusion, même entachée par les éditions spéciales de 1997, 2004 et 2011. Car il ne faut pas oublier que La Guerre des étoiles n'est pas un logiciel, c'est une création artistique.

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