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Groquik, parti sans laisser d'adresse...

Publié le par Shuten Doji

Le 1er août 1990, certains téléspectateurs à l'entrée de l'adolescence restent perplexes. Une scène de gare où on voit Groquik partir en vacances. Tandis que le train démarre, le gros lapin jaune confie ses jeunes amis à Quicky, un de ses congénères. Il utilise même le terme " cousin " qui aurait dû nous mettre la puce à l'oreille tant ce Gargantua à l'éternel canotier est à mille lieues de ce rongeur survitaminé. Nestlé nous roule dans la farine. Et la publicité se poursuit avec la bestiole aux grandes oreilles qui poursuit les deux habituelles canailles masquées qui, une fois de plus, ont " piqué " le Nesquik de gamins pas méfiants... depuis le temps... Bien sûr, il leur fait leur affaire, ils croyaient s'échapper sur des montagnes russes, quels bas de plafond ! La réclame se termine sur Groquik qui corrige le benêt à grosses incisives sur le fameux slogan, "... une énoOorme envie ! " et pas "...une sacrée envie ! ". L'ancien porte-parole de la poudre cacao se prélasse dans un hamac, on ne sait où, dont il ne redescendra plus.

Une figure rassurante

Dans les premières réclames, Groquik est un géant, un gros pataud qui enquiquine son monde tant qu'il n'a pas bu son grand bol de Nesquik. Il tape sur un tambour ou gêne la circulation en ville. C'est un personnage infantile au carré incarné par un acteur dont le costume a été conçu par Yves Brunier, créateur de celui de Casimir, idole des moins d'1m30 dans les années 70 et des plus de 25 ans dans les années 90. C'est un avatar d'Obélix par son extrême gourmandise, " j'ai faim !... c'est bon ! C'est bon ! C'est bon ! ", sa bedaine plus qu'imposante et son caractère bonhomme. Si l'on se réfère aux origines de la publicité, le Bibendum Michelin est déjà imposant. De là, à y voir une tradition...

Très vite, il devient un personnage en celluloïd, moyen qui permet toutes les audaces jusqu'à voyager dans l'espace à bord d'un vaisseau spatial à l'effigie de notre héros. Dans ces courts-métrages au scénario constant, il est toujours prêt à aider les enfants à récupérer leur boisson chocolatée contre des voleurs à la mine qui n'est pas sans rappeler, disons-le, les Rapetous. Il est comme le grand frère auquel on demande du secours. Tout cela au son de Rectangle composé par Jacno. Les derniers temps, sa taille s'amoindrit et son embonpoint fond pas mal. Les spots TV sont plus dans l'esprit et l'esthétique Tex Avery, période années 50; Groquik et sa bande, à la façon d'un Droopy, ayant toujours une longueur d'avance sur les deux arsouilles, " Par ici, le Nesquick ! ". Ce qui annonce peut-être l'arrivée de Quicky et la vente aggressive.

Effet de la mondialisation

Près de 25 ans de messages mercantiles après, l'usurpateur est toujours là et porte à présent casquette à l'envers et pantalon baggy. Le fabriquant suisse a le souci de coller à sa clientèle, comme si tous les enfants s'habillaient comme des glands. Il continue à prendre sa cible privilégiée pour une conne. À n'en pas douter, les responsables du groupe alimentaire se justifieraient par des enquêtes auprès d'un échantillon de niards et donc pas forcément représentatif... On peut y voir une volonté d'uniformiser la culture, un prémisse de la mondialisation. Le petit gaulois doit consommer le même produit que le gosse " ricain " ou le jeune indien. Et donc, il ne doit y avoir qu'un seul représentant dans chaque coin du globe.

Mais Quicky, n'est pas apparu comme ça, spontanément, il a déjà 17 ans de carrière quand il arrive en France. En 1973, le lapin anthropomorphe débarque sur les petits écrans américains dans une pub animée pour Nestlé Quick. Il joue de la guitare, chante et trouve que le son du liquide avalé avec une paille est " le plus triste qu'il connaisse ". Dans les films promotionnels suivants, il converse avec des acteurs en chair et en os. Ce qui devient une règle.

Aux Etats-Unis, entre 1948 et 1999, les préparations pour lait chaud ou froid, comme indiqué plus haut, ont une autre appellation qu'en Europe, Nestlé Quick, et proposent plusieurs goûts. Un rongeur anonyme figure sur la boîte version fraise à partir des années 60. En 1964, déjà un chien cartoonesque se nomme Quicky et interagit avec des enfants réels. À noter qu'à cette période, en Italie, avant d'être une boîte qui cause, le porte-parole de la marque est un gamin affublé aussi de ce patronyme.

Quoi qu'il en soit, Groquik était une création originale qui a dû plier sous les exigences de décideurs qui fonctionnent à coups de sondages et imposent leur bon-vouloir à tous. Malabar a connu le même sort il y a peu, remplacé par un chat à la con qui n'a plus rien à voir avec le nom du chewing-gum... triste...

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