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John Steed a 50 ans

Publié le par Shutendoji

Depuis le 6 décembre 2010, Arte diffuse l'intégralité de Chapeau melon et bottes de cuir. C'est l'occasion, pour ceux qui n'ont pas visionné les DVD des épisodes inédits sur le réseau hertzien français, d'assister à l'évolution de cette série. Car, au début, le programme n'a que très peu de rapport avec l'esprit pop que l'on connaît. Nous sommes en 1961, les moyens techniques et budgétaires des chaînes anglaises sont encore très limités. Les fictions sont tournées en direct ou dans les conditions du direct, enregistrées en vidéo puis kinéscopées. En effet, on filme sur pellicule 16 mm l'écran télé qui diffuse le programme. Par souci d'économie, on réutilise les bandes magnétiques pour d'autres émissions.

C'est donc par ses médiocres images en noir et blanc que nous assistons aux premiers pas de John Steed. Son rôle est secondaire, il est même absent de deux épisodes dans la première saison. Initialement, c'est un agent secret qui aide le héros de la série, le docteur David Keel ( Ian Hendry ), à arrêter les meurtriers de sa fiancée. Ce qui justifie vaguement le titre original, The Avengers. Steed faillit être supprimé, les producteurs le trouvant stéréotypé et sans intérêt. Son interprète, Patrick Macnee, le change alors progressivement en dandy, adoptant chapeau melon et parapluie. Il s'inspire, pour l'élégance, d'un espion joué par Ralph Richardson dans Armes secrètes ( Q planes ), en 1939 et du Mouron rouge, héros littéraire anglais ( 1903 ), pour la nonchalance. Les téléspectateurs adhèrent et l'espion devient plus important dans les intrigues ; Hendry, mécontent, part faire du cinéma.

À partir de la saison 2 ( 1962-63 ), John Steed devient la vedette et fait équipe, en alternance, avec 3 partenaires, Venus Smith ( Julie Stevens ), chanteuse de jazz, le Dr Martin King ( Jon Rollason ) et Catherine Gale ( Honor Blackman ), anthropologue. Vers la fin, Cathy Gale est clairement identifiée comme l'Avengers Lady. Elle montre régulièrement son peu d'entrain quand Steed la charge d'une mission à la dernière minute. Et ne se gêne pas pour l'éconduire quand il la courtise. Le duo dure toute l'année suivante ( 1963-64 ). Gale se met à porter du cuir, plus résistant pour les scènes d'action. La réalisation et Les scenarii inventifs retiennent l'attention du téléspectateur. Malheureusement, Blackman quitte la série pour jouer les James Bond Girls dans Goldfinger.

Fin 1964, le programme est désormais filmé en 35 mm. L'homme au chapeau melon commence la 4ème saison avec Elizabeth Sheperd dans le rôle d'Emma Peel. Mais le binôme peine à exister. Diana Rigg est appelée en urgence. Elle apporte sa classe et son humour pince sans-rire, partagés avec Macnee, à Mme Peel. PDG de la compagnie Knight Industries, cette dernière possède un Q.I. de 147. Adepte du karaté, elle fait valdinguer les plus récalcitrants. Les vêtements en cuir se font plus sexy et Les combats, réglés par Ray Austin, sont un peu plus pêchus que ceux de Cathy GaleIl faut dire que Rigg est souvent doublée, notamment par une certaine Cyd Child. Ensuite, les histoires comme La mangeuse d'hommes du Surrey ( c'est une plante ! ) lorgnent vers le fantastique ; d'autres touchent à la S.F., Les Cybernautesrobots télécommandés aux impers et chapeaux mous ; beaucoup de ces épisodes trouvent une explication rationnelle à la fin. À noter la tenue légèrement " sado-maso " d'Emma dans Le Club de l'Enfer.

Au terme de 1966, les " Avengers " fonctionnent aux États-Unis et des producteurs américains s'en mêlent. Les moyens sont plus importants et arrive la couleur ( apparue sur les téléviseurs des yankees privilégiés en 1954 ). Ce changement accentue le côté comics et pop de la fiction. D'ailleurs, l'épisode Le Vengeur Volant fait référence, avec ses interjections au milieu de l'écran, à la série live Batman. On frôle parfois l'absurde quand Steed et Peel, avec des fusils, font tomber du ciel du champagne et des verres. Le joker et Un petit déjeuner trop lourd sont des remakes de la période Cathy Gale.

1968, Diana Rigg, comme Honor Blackman, répond à l'appel de l'agent 007. Une canadienne de 21 ans, Linda Thorson, en tant que Tara King, la remplace. La transition se fait lors de l'épisode Ne m'oubliez pas le 1er de la saison 6Plus jeune que ses devancières, elle entretient une relation père/ fille avec Steed, non sans ambiguïté. Elle ne fait pas l'unanimité auprès des producteurs et des téléspectateurs. Son jeu d'actrice s'améliore au fil des histoires mais Chapeau melon et bottes de cuir s'arrête en 1969, au moment d'un succès international... Trop coûteux. Cette dernière période a vu l'apparition du supérieur des deux agents secrets, Mère-Grand ( Mother ), interprété, cloué dans un fauteuil roulant, par l'imposant Patrick Newell.

Après la fin de la série, Albert Fennell tente vainement de ressusciter la série durant trois ans. En 1975, ce dernier et Brian Clemens sont contactés par Rudolf Roffi, un producteur français. TF1 apporte de l'argent pour ces " nouveaux vengeurs ", qui mettent en scène Purdey ( Joanna Lumley ), Mike Gambit ( Gareth Hunt ) et John Steed, demandé par les financiers hexagonaux. Le résultat n'est pas mauvais mais ce n'est pas " les Avengers ". Passer du duo au trio n'est pas une bonne idée, même s'il faut quelqu'un de plus jeune que Macnee pour les bagarres. Quant à l'époque, les années 70 sont plus sombres que les insouciantes " sixties ". De plus, la fiction est mal programmée en Grande-Bretagne, les américains ne l'achètent pas et les capitaux manquent pour une troisième saison. Tout est stoppé en 1977.

Les décennies qui suivent voient plusieurs projets de téléfilms ou films. Le seul qui se concrétise est celui de la Warner Bros en 1998, réalisé par Jeremiah Chechik, avec Ralph Fiennes en John Steed, Uma Thurman en Emma Peel et Sean Connery dans le rôle du méchant. Le long métrage n'attire pas les foules. Chechik n'a pas eu le director's cut, raison souvent invoquée en cas d'échec. Et les fans préfèrent Patrick Macnee et Diana Rigg.

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